L’abeille et l’économiste (Yann MOULIER BOUTANG 2010)

 

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1ère idée : la finance de marché connaitra encore de beaux jours car le cœur du CAPITALISME, depuis sa naissance dans les cités italiennes de GÊNES et VENISE au 12ème siècle, n’est pas constitué  d’usines et de docks mais bien de financement.

2ème idée : le fonctionnement actuel de la finance ne conduit pas nécessairement vers le CHAOS.

3ème idée : l’accroissement énorme des liquidités ne semble pas en soi une fuite en avant conduisant à une embardée mortelle de tout le système.

4ème idée : avec la « pollinisation »et le « capitalisme cognitif », l’économie change de base.

5ème idée :la crise s’avère financière mais aussi théorique : les concepts classiques de « production » s’ effacent dans une économie immatérielle de la « pollinisation ».

En effet, selon l’auteur, dans une société où dominent les activités tertiaires, les tâches mécaniques et répétitives confiées aux machines et ordinateurs laissent place aux données immatérielles : confiance, coopération volontaire, mobilisation des affects et travail en réseau qui prend la forme de la contribution : les abeilles fonctionnent selon ce modèle ce que le sociologue DURKHEIM nomme « la solidarité organique d’une société ».

Les jeunes sociétés de l’Internet fonctionnent selon ce modèle : les salaires y deviennent secondaires par rapport aux « stocks options »qui incitent les employés à rester plus longtemps en poste dans l’ espoir de toucher une grosse « plus-value » en vendant leurs actions quand ils quittent l’ entreprise :GOOGLE illustre ce schéma de la « pollinisation »car , à côté des 19000 salariés surtout localisés en CALIFORNIE ,vivent 15 millions de personnes qui, chaque seconde, cliquent et travaillent gratuitement pour la RUCHE GOOGLE .

Ces personnes produisent de l’information personnelle  et du réseau exploités sous formes de données numériques par des algorithmes mathématiques : GOOGLE vend ces données sous formes d’espaces publicitaires à des annonceurs : ce type de capitalisme immatériel, cognitif et instable devient difficile à évaluer sur le plan financier mais reste lié à sa valorisation boursière et donc à la finance internationale.

Le relationnel dans l’action collective devient une ressource de l’entreprise dans les métiers de la finance, la publicité, les cabinets de consultants et d’ingénierie.

Du point de vue du fonctionnement des marchés, l’économie numérique bouscule les politiques de prix : l’objectif reste de gagner de l’argent sur les abonnements ou bien les produits « consommables » et non plus sur les produits manufacturés : pour un opérateur de téléphonie, le mobile devient presque gratuit mais l’abonnement doit dégager de la marge !

Il s’ agit bien d’ une 3ème voie du capitalisme qui essaie de promouvoir un « devenir ABEILLE » et non plus  un comportement de CIGALE ou de FOURMI : cette « économie pollinisatrice » ne peut fonctionner que dans une société d’opulence ou les besoins fondamentaux comme la nourriture , l’ habillement , les déplacements , l’ éducation demeurent satisfaisants sinon la contrainte domine et l’ angoisse de la performance du rendement ou encore le déni de protection sociale rendent les consommateurs insatisfaits et asociaux .

L’auteur, conscient des problèmes de redistribution que pose ce type de société propose d’ y taxer les transactions financières internes et externes : il s’agit d’une taxation sur les flux bancaires et non sur les personnes : les états demeurent selon lui un obstacle majeur car en accumulant les normes réglementaires ou en favorisant les intérêts des multinationales ils freinent l’ émergence de nouvelles pratiques économiques.

Yann Moulier Boutang

Né en 1949, normalien, études de philosophie, de japonais, de sociologie et d’économie. A enseigné l’économie à l’École normale supérieure, à l’Institut d’études politiques de Paris, à l’Université de Bretagne Sud et enfin, depuis 2005, à l’Université de Technologie de Compiègne. A enseigné trois ans à la State University of New York à Binghamton (département de Sociologie et Centre Fernand-Braudel) (2005-2007). Depuis 2007, enseigne la culture générale et la culture numérique à l’École supérieure d’art et de design de Saint-Etienne. Il enseigne aussi en Espagne, en Chine.

Directeur adjoint du Laboratoire Costech (Connaissance, Organisation, Systèmes techniques), ses recherches portent sur les migrations internationales, l’esclavage, les transformations contemporaines du capitalisme, en particulier l’économie de l’immatériel et du numérique, les droits de propriété intellectuelle.

Il a animé la revue Babylone chez Christian Bourgois de 1981 à 1991, a participé à la revue Futur Antérieur (1983-1999), a fondé la revue Multitudes (mars 2000, 40 numéros parus à ce jour) dont il est aujourd’hui l’un des co-directeurs.

.Les nombreux articles publiés dans les revues Futur Antérieur et Multitudes entre 1996 et 2010 sont téléchargeables sur http://multitudes.samizdat.net/_Moulier-Boutang-Yann_ Il collabore aux revues Ecorev et Cosmopolitiques.

jean

 

 

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